Diacre permanent depuis plus de dix ans dans le diocèse de Chambéry, Michel Perrier sert les treize clochers de la paroisse Saint-Benoît du Guiers. Ancien professeur de lettres, marié à Marie-Claire depuis quarante ans, il nous raconte le sens de ce ministère de service au cœur de l'Avant-Pays savoyard.
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Dans les treize communes qui composent la paroisse Saint-Benoît du Guiers, un homme discret accompagne depuis dix ans les grands moments de la vie des familles : baptêmes, mariages, funérailles. Michel Perrier, diacre permanent du diocèse de Chambéry, a accepté de nous recevoir pour évoquer ce ministère encore méconnu, né du Concile Vatican II et profondément enraciné dans la vie rurale de l'Avant-Pays savoyard, au service des treize églises de la paroisse.
Un parcours enraciné dans l'Avant-Pays savoyard
Monsieur Perrier, je vous remercie de nous accorder cet entretien. Pour débuter, pourriez-vous vous présenter, nous parler de votre parcours, de votre famille et de votre profession civile ?
« C'est moi qui vous remercie de votre intérêt pour le diaconat permanent. Je m'appelle Michel Perrier, j'ai soixante-deux ans, et je suis diacre permanent pour le diocèse de Chambéry. J'ai été ordonné il y a un peu plus de dix ans. Je suis né et j'ai grandi à Chambéry même, avant de m'établir il y a une trentaine d'années dans l'Avant-Pays savoyard, du côté de la paroisse Saint-Benoît du Guiers, où je suis rattaché. Côté famille, je suis marié à Marie-Claire depuis quarante ans. Elle est mon pilier, mon soutien indéfectible, et elle a joué un rôle essentiel dans mon cheminement vers le diaconat. Nous avons trois enfants, désormais adultes, et cinq petits-enfants. Professionnellement, j'ai passé la majeure partie de ma carrière dans l'enseignement, comme professeur de lettres dans un collège de la région, avant de prendre ma retraite. Cette expérience m'a préparé, sans que je le sache, à l'écoute et à la transmission qui sont au cœur de ma mission de diacre. »
Pourriez-vous nous parler de votre attachement à l'Avant-Pays savoyard et de la manière dont cet enracinement local nourrit votre ministère ?
« L'Avant-Pays savoyard, c'est bien plus qu'une simple zone géographique pour moi, c'est mon chez-moi, le lieu où ma foi s'est épanouie. Quand je parle de la paroisse Saint-Benoît du Guiers, cela englobe plusieurs de ces treize communes qui dessinent notre paysage local, des villages comme Novalaise, Nances, ou encore Aiguebelette-le-Lac. Ce sont des lieux où les communautés sont encore très soudées, où les gens se connaissent, partagent leurs joies et leurs peines. Cet enracinement me permet d'être proche des réalités de vie des habitants : agriculteurs confrontés aux aléas climatiques, familles qui voient leurs enfants partir pour les études, aînés qui aspirent à conserver des liens sociaux forts. Je ne suis pas un étranger qui arrive pour un temps, mais un voisin, un ami, un membre de la communauté qui est là pour servir, écouter, accompagner. »
| Dimension | Ce qu'elle recouvre | Exemple dans la paroisse |
|---|---|---|
| Service de la Parole | Proclamation de l'Évangile, prédication de l'homélie | Messes dominicales dans les villages sans prêtre résident |
| Service de la Liturgie | Assistance au curé, baptêmes, mariages, funérailles | Préparation des familles et présidence des obsèques |
| Service de la Charité | Visite des malades et des personnes isolées | Accompagnement bénévole avec le Secours Catholique |
Qu'est-ce que le diaconat permanent ?
Pourriez-vous nous expliquer ce qu'est le diaconat permanent d'un point de vue théologique, en quoi il se distingue du sacerdoce, et son histoire depuis le Concile Vatican II ?
« Le diaconat permanent est avant tout un ministère ordonné au service du Christ et de l'Église. Le mot « diacre » vient du grec « diakonia », qui signifie « service ». Théologiquement, le diacre est configuré au Christ Serviteur. Il reçoit l'ordination par l'imposition des mains de l'évêque, ce qui l'intègre au clergé et lui confère le caractère indélébile du sacrement de l'Ordre, au même titre que le prêtre et l'évêque. Cependant, notre rôle est distinct de celui du prêtre : nous ne célébrons pas la messe, nous ne pouvons pas consacrer l'Eucharistie ni donner l'absolution. Notre ministère se décline en trois grandes dimensions : le service de la Parole, le service de la liturgie et le service de la charité. »
« Historiquement, le diaconat était très présent dans l'Église primitive, comme en témoignent les Actes des Apôtres avec l'institution des sept premiers diacres, dont saint Étienne. Ils étaient chargés de la distribution aux veuves et du service auprès des nécessiteux, pour que les Apôtres puissent se consacrer à la prière et à la prédication. Au fil des siècles, dans l'Église latine, le diaconat a progressivement perdu sa dimension permanente pour devenir une simple étape transitoire vers le sacerdoce, un passage obligé de quelques mois pour les futurs prêtres. C'est seulement avec le Concile Vatican II, dans les années 1960, que l'Église a décidé de rétablir le diaconat comme un degré propre et permanent de la hiérarchie, notamment en permettant à des hommes mariés, enracinés dans la vie familiale et professionnelle, de servir l'Église. Les Pères conciliaires ont vu dans ce rétablissement une richesse pour l'Église, un moyen de mieux incarner le service du Christ dans le monde contemporain. C'est une véritable grâce pour nos communautés, particulièrement dans des régions comme la nôtre où les prêtres sont de moins en moins nombreux. »

Pourriez-vous nous donner des exemples concrets de la manière dont ces trois dimensions se vivent au quotidien dans votre paroisse ?
« Ici, dans nos églises de l'Avant-Pays savoyard, où un prêtre ne peut être présent à chaque messe dominicale, ma présence est précieuse pour le service de la Parole. Je proclame l'Évangile et je peux donner l'homélie. Concernant le service de la Liturgie, je suis souvent appelé à assister notre curé lors des célébrations eucharistiques, je peux célébrer des baptêmes, présider des mariages, et je suis fréquemment sollicité pour les funérailles et l'accompagnement des malades. Enfin, le service de la Charité est le cœur battant de notre ministère : j'ai accompagné des bénévoles pour visiter les personnes âgées isolées de notre secteur, dans le cadre de l'action du Secours Catholique. »
Le parcours de discernement et de formation
Pourriez-vous nous détailler le parcours de discernement que vous avez suivi ? Quel rôle joue l'épouse et la famille dans ce processus ?
« Le parcours est long et exigeant, et c'est bien normal, car c'est un engagement pour la vie. Pour ma part, le chemin a commencé par un appel intérieur, une sorte de murmure qui est devenu plus insistant au fil des ans. La première étape a été d'en parler à mon épouse, Marie-Claire. Son accord n'était pas seulement important, il était absolument indispensable. Ensuite, j'ai rencontré mon curé, qui m'a orienté vers le service diocésain du diaconat. Une fois la candidature acceptée par l'évêque, la formation proprement dite dure quatre à cinq ans, avec des cours de théologie, d'exégèse biblique, de liturgie, de droit canonique, ainsi qu'une formation humaine et spirituelle intense. »
Michel Perrier résume ainsi les grandes étapes de ce cheminement, telles qu'il les a lui-même traversées :
- L'appel intérieur — un désir de service qui mûrit sur plusieurs années avant d'être partagé.
- Le dialogue avec l'épouse — un accord indispensable, réaffirmé à chaque étape du parcours.
- La rencontre avec le curé — premier interlocuteur qui oriente vers le service diocésain du diaconat.
- Le pré-discernement — environ un an et demi avant l'acceptation de la candidature par l'évêque.
- La formation — quatre à cinq ans de théologie, d'exégèse biblique, de liturgie, de droit canonique et de formation humaine et spirituelle.
- L'ordination — célébrée à la cathédrale de Chambéry, en présence de l'évêque, des prêtres, des diacres et de toute la communauté diocésaine.
« Ce qui est très spécifique au diaconat permanent pour les hommes mariés, c'est le rôle crucial de l'épouse et de la famille. Marie-Claire a participé à de nombreuses sessions de formation avec moi. Son consentement est requis à chaque étape importante. L'ordination elle-même est un moment d'une intensité extraordinaire, qui se déroule généralement à la cathédrale de Chambéry, en présence de l'évêque, de nombreux prêtres, diacres, ma famille et toute la communauté diocésaine. »
Y a-t-il eu un aspect de cette formation qui vous a particulièrement marqué ?
« Si je devais choisir, ce serait la formation spirituelle et l'accompagnement personnel. Les retraites annuelles, souvent passées à l'abbaye de Tamié, dans nos belles montagnes savoyardes, étaient des moments de silence et de prière intenses. L'accompagnement spirituel individuel m'a aussi beaucoup aidé à mieux me connaître et à grandir dans l'humilité. Quant à l'intégration de ma vie de famille, cela a été un défi, mais aussi une immense bénédiction. Nos enfants, à leur manière, ont aussi participé : au début, c'était peut-être un peu abstrait pour les plus jeunes, mais ils voyaient leur père étudier, prier davantage. Quand ils sont devenus adolescents, ils ont mieux compris la nature de mon ministère, et ils en ont été fiers. »
La vie quotidienne d'un diacre permanent en Savoie
Avant votre retraite, comment parveniez-vous à concilier votre vie professionnelle avec les exigences de votre ministère diaconal ?
« C'était une question d'équilibre, de priorités et surtout de beaucoup de soutien. Cela demandait une planification rigoureuse : les soirées et certains week-ends étaient consacrés à mes missions diaconales, mais j'avais des règles claires, comme réserver les dimanches matin après la messe à ma famille. Marie-Claire était ma plus grande alliée, celle qui me rappelait l'importance de ne pas me laisser déborder. C'était un apprentissage constant, où la prière du matin et du soir était mon ancre. »
Maintenant que vous êtes à la retraite, comment s'articule votre semaine ?
« La retraite a libéré du temps, mais elle n'a pas signifié un repos de mon engagement, au contraire ! Mes journées commencent par un temps de prière personnelle et l'office des Laudes. Ensuite, mes missions sont variées : je prépare les familles au baptême, j'accompagne les fiancés dans leur préparation au mariage, je suis très impliqué dans la pastorale des funérailles, et je visite régulièrement les personnes âgées et les malades, leur portant la communion et une oreille attentive. Je participe aussi aux équipes liturgiques et je suis membre du Conseil pastoral de ma paroisse. »

Le diaconat dans les paroisses rurales de l'Avant-Pays
Vous servez dans une région caractérisée par ses « treize clochers ». Quelles sont les spécificités de votre ministère dans ce contexte rural ?
« L'Avant-Pays savoyard est une région magnifique, mais c'est aussi un territoire vaste, où les communautés sont parfois isolées. Les « treize clochers » désignent les treize églises de notre grande paroisse. Autant dire que le prêtre résident ne peut pas être partout ! C'est là que le ministère du diacre prend tout son sens. La spécificité, c'est d'abord la proximité : dans les petites communautés, tout le monde se connaît, et le diacre est perçu comme un voisin, un homme du cru. Les défis sont nombreux : dispersion géographique, raréfaction des prêtres, qui signifie que le diacre assume des responsabilités importantes dans l'animation pastorale. Mais c'est aussi une chance : cette situation nous pousse à innover, à être créatifs. »
Comment se déroule votre collaboration avec les prêtres ?
« Elle est excellente et se vit dans un esprit de fraternité et de complémentarité. Nous formons une équipe. Le diacre n'est pas un « remplaçant » du prêtre, mais un ministre à part entière, avec sa propre mission de service et de charité. Nous nous rencontrons régulièrement, avec le curé et les autres diacres du secteur, pour partager nos expériences, coordonner nos actions et prier ensemble. Le curé est le pasteur, le père de la paroisse, et le diacre est son bras droit pour le service des frères : il y a un respect mutuel et une confiance fondamentale entre nous. Quant à la proximité avec les familles, elle se construit au quotidien, par les visites aux malades, la préparation aux sacrements — un baptême n'est jamais qu'une cérémonie, c'est une rencontre avec toute une famille — et une présence visible dans la vie des villages, aux fêtes locales, aux commémorations. Les gens savent qu'ils peuvent venir me parler, me demander conseil ou simplement confier leurs soucis : c'est un ministère de présence et d'écoute qui tisse des liens forts et durables. »
Les défis et les joies du diaconat aujourd'hui
Quels sont les principaux défis auxquels le diaconat permanent est confronté aujourd'hui ?
« Le premier défi, c'est celui des vocations. Nous avons besoin de plus de diacres, surtout dans nos diocèses ruraux où les besoins sont immenses. Le deuxième défi, c'est la compréhension de notre rôle : le diacre n'est ni un « petit prêtre » ni un laïc plus engagé. Il est un ministre ordonné, configuré au Christ Serviteur, avec une mission propre au service de la Parole, de la Liturgie et de la Charité. Il est au carrefour de l'Église et du monde, une passerelle vivante entre la foi et le quotidien de nos contemporains. Un autre défi réside dans l'équilibre de vie : concilier vie familiale et professionnelle avec les exigences du ministère diaconal est un véritable chemin de sainteté, qui demande de sans cesse réajuster ses priorités et de s'appuyer sur la grâce de Dieu. »
Malgré ces défis, quelles sont les plus grandes joies de votre ministère ?
« Les joies sont immenses et dépassent de loin les difficultés. La première, c'est de me savoir à la suite du Christ Serviteur. Chaque fois que je célèbre un baptême, que j'annonce l'Évangile, que je préside une sépulture ou que je visite une personne âgée, je sens que je suis à ma juste place. C'est une joie de pouvoir être témoin de la foi des gens, de voir la grâce agir dans les cœurs, particulièrement lors des moments clefs de la vie. Le diaconat est un chemin de transformation, un don qui nourrit ma propre foi et me pousse à toujours plus d'amour et de service. »
Conclusion
Ce parcours dans le diaconat permanent est une aventure spirituelle et humaine d'une richesse inouïe. C'est un appel à se donner sans compter, à se faire proche de tous, particulièrement des plus vulnérables, et à être un signe visible de l'amour du Christ au cœur du monde. « Je suis un homme comblé, un père de famille et un professionnel engagé, mais c'est dans mon service diaconal que je trouve un sens profond à ma vie », confie Michel Perrier. « Mon message est un message d'espérance. L'Église est vivante, et le diaconat en est une preuve éclatante. À ceux qui sentent un appel intérieur, je voudrais dire : n'ayez pas peur ! Parlez-en à votre prêtre, à votre évêque, à un diacre. »
Pour approfondir la vie sacramentelle et spirituelle de la paroisse Saint-Benoît du Guiers, découvrez notre guide sur les sacrements catholiques et notre entretien sur la préparation à la première communion, deux temps forts où le ministère diaconal accompagne les familles de l'Avant-Pays savoyard. Pour un témoignage voisin sur un autre territoire rural marqué par le patrimoine paroissial, on pourra également lire les ressources sur la lectio divina et la méditation chrétienne en Corrèze, qui éclairent d'une autre manière la vie spirituelle des ministres au service des communautés rurales.
