La direction spirituelle catholique reste méconnue du grand public, alors qu'elle accompagne des milliers de fidèles dans leur chemin intérieur. Qu'est-ce qu'un directeur spirituel ? À qui s'adresse cet accompagnement ? Comment en trouver un en Savoie ? Le Père Jean-Baptiste Renard, prêtre accompagnateur au diocèse de Grenoble-Vienne depuis vingt ans, répond à toutes ces questions avec la clarté et la douceur qui le caractérisent.
Rencontre au jardin de l'abbaye de la Rochette
C'est dans le jardin clos de l'abbaye de la Rochette, à quelques kilomètres de Chambéry, que nous avons retrouvé le Père Jean-Baptiste Renard par un matin de mai. L'homme de cinquante-huit ans avançait entre les massifs de lavande avec ce pas lent et assuré que donnent deux décennies de vie intérieure. Ancien jésuite, formé aux exercices spirituels d'Ignace de Loyola, il accompagne aujourd'hui des dizaines de personnes dans leur chemin de foi depuis le diocèse de Grenoble-Vienne.
— "Je dis souvent que la prière, c'est comme apprendre à écouter quelqu'un qu'on aime", commence-t-il avant même de s'asseoir sur le banc de pierre à l'ombre des murs. "On croit que c'est surtout parler. En réalité, c'est d'abord se taire et entendre."
Claire Devaux, rédactrice du site, l'a rencontré pour parler de direction spirituelle — ce terme qui fait encore peur à beaucoup de catholiques, qui évoque la salle de classe ou l'autorité plus que la liberté intérieure. Pendant une heure, dans la lumière filtrée du jardin, le Père Renard a accepté de démystifier cette pratique séculaire.
Père Jean-Baptiste Renard
58 ans, prêtre au diocèse de Grenoble-Vienne, ancien jésuite. Spécialisé en retraites ignaciennes et discernement spirituel. Directeur spirituel depuis 20 ans, il accompagne des laïcs, des religieux et des prêtres dans leur vie de foi. Il anime également des sessions de formation à l'accompagnement spirituel dans le diocèse.
Qu'est-ce que la direction spirituelle ?
Claire Devaux : Père Renard, quand on entend "direction spirituelle", on peut imaginer quelqu'un qui vous dit quoi faire ou quoi croire. Qu'est-ce que c'est vraiment ?
Père Jean-Baptiste Renard : C'est exactement l'erreur que le nom suggère, et c'est dommage. Dans la tradition catholique, la direction spirituelle n'est pas du tout une relation de maître à élève où quelqu'un "dirige" l'autre. C'est plutôt un accompagnement : une personne aide une autre à discerner comment Dieu se fait présent dans sa vie — dans ses prières, ses joies, ses difficultés, ses choix. Le vrai "directeur", si on veut garder ce mot, c'est l'Esprit Saint. L'accompagnateur, lui, est un simple serviteur du chemin.
Claire Devaux : Comment est-ce que ça se passe concrètement lors d'une séance ?
Père Jean-Baptiste Renard : La plupart du temps, on commence par un temps de silence et de prière — quelques minutes pour se mettre en présence de Dieu ensemble. Puis la personne parle de sa vie intérieure depuis notre dernière rencontre : comment s'est passée sa prière ? Qu'est-ce qui l'a touché dans sa lecture de l'Évangile ? Y a-t-il eu des moments de consolation, de trouble, de résistance ? J'écoute. Je pose des questions. Ensemble, on cherche à discerner ce que Dieu dit à travers tout ça. Ce n'est ni une thérapie, ni une confession, ni un cours de théologie — c'est une écoute à deux devant Dieu.
Qui peut bénéficier d'un accompagnement spirituel ?
Claire Devaux : On imagine souvent que la direction spirituelle est réservée aux religieux, aux séminaristes — pas aux gens ordinaires.
Père Jean-Baptiste Renard : C'est une idée très répandue et totalement fausse. Historiquement, c'est vrai que la direction spirituelle s'est développée surtout dans les milieux monastiques. Mais saint François de Sales au XVIIe siècle l'a popularisée pour les laïcs avec son "Introduction à la vie dévote" — un livre qui s'adressait justement aux personnes vivant dans le monde, à Madame de Chantal et à ses contemporains. Aujourd'hui, j'accompagne des jeunes de vingt ans en questionnement de foi, des parents débordés qui se demandent comment prier avec leurs enfants, des retraités qui ont soudain beaucoup de temps pour se poser des questions essentielles. L'accompagnement spirituel est pour tous ceux qui cherchent.
Claire Devaux : Y a-t-il des moments de vie particuliers où la direction spirituelle est plus utile ?
Père Jean-Baptiste Renard : Plusieurs moments se prêtent particulièrement à commencer un accompagnement : une période de conversion ou de retour à la pratique religieuse, un temps de discernement vocational (mariage, vie religieuse, engagement associatif), une épreuve difficile (maladie, deuil, séparation) qui amène à des questions existentielles. Mais on peut aussi commencer simplement parce qu'on a envie d'approfondir sa vie de prière, sans aucune "crise" particulière. La soif spirituelle suffit.
Comment trouver un directeur spirituel en Savoie ?
Claire Devaux : Justement, comment fait-on concrètement pour trouver un directeur spirituel en Savoie ou dans le diocèse de Grenoble-Vienne ?
Père Jean-Baptiste Renard : La première chose est d'en parler à son curé ou à un prêtre de confiance — il pourra vous orienter ou vous recommander quelqu'un. Le diocèse de Grenoble-Vienne dispose d'un service d'accompagnement spirituel qui peut mettre en contact des personnes avec des accompagnateurs disponibles. Des communautés comme l'abbaye de la Rochette ici en Savoie proposent aussi des retraites avec accompagnement individuel, qui sont souvent une bonne façon de commencer. Et puis il ne faut pas oublier que certains laïcs formés exercent également ce service — hommes et femmes — avec tout autant de compétence et de discernement qu'un prêtre.
Claire Devaux : Comment sait-on si "ça matche" avec un accompagnateur — que c'est la bonne personne ?
Père Jean-Baptiste Renard : C'est une excellente question, parce que la relation compte énormément. Après un ou deux entretiens, vous devriez sentir que vous pouvez parler librement, sans vous sentir jugé ou dirigé dans une direction précise. Un bon accompagnateur vous rend plus libre, pas plus dépendant. Il vous aide à faire confiance à votre propre discernement intérieur, pas à suivre le sien. Si vous avez le sentiment d'être dirigé vers des conclusions précises, ou si vous vous sentez à l'aise pour parler mais que rien ne bouge intérieurement, c'est un signe que la relation n'est peut-être pas la bonne. Il n'y a aucun mal à en changer.
Ce que n'est PAS la direction spirituelle
Pour dissiper les malentendus les plus courants, le Père Renard a accepté de dresser une liste de ce que la direction spirituelle n'est pas :
- Ce n'est pas une psychothérapie. La direction spirituelle se concentre sur la relation à Dieu et la vie de foi, pas sur les traumatismes psychologiques ou les dysfonctionnements émotionnels. Si une personne a besoin d'un soutien psychologique, l'accompagnateur l'orientera vers un professionnel de santé mentale.
- Ce n'est pas la confession. Le directeur spirituel n'a pas le pouvoir d'absoudre les péchés. L'entretien n'est pas sacramentel et n'est pas soumis au secret de la confession (même si toute discrétion est évidemment attendue).
- Ce n'est pas du prosélytisme. L'accompagnateur n'a pas pour mission de convertir ou de convaincre. Il marche avec la personne sur son propre chemin, quel que soit son point de départ.
- Ce n'est pas une relation de dépendance. Un bon accompagnateur cherche à rendre la personne plus autonome dans son discernement, pas à créer une relation de dépendance affective ou spirituelle.
- Ce n'est pas obligatoirement long ou fréquent. Certaines personnes bénéficient d'un accompagnement pendant quelques mois autour d'une question précise. D'autres poursuivent pendant des années. Il n'y a pas de format imposé.
La fréquence et la durée des séances
Claire Devaux : À quelle fréquence se retrouve-t-on généralement avec son accompagnateur ?
Père Jean-Baptiste Renard : La fréquence la plus courante est mensuelle — une fois par mois, pendant environ une heure. Cela laisse le temps à la personne de vivre, de prier, d'observer sa vie intérieure entre deux rencontres. Certains préfèrent un rythme bimestriel (tous les deux mois), d'autres trimestriel. Je déconseille des séances trop rapprochées au départ — une fois par semaine, par exemple — parce que cela peut créer une forme de dépendance sans laisser d'espace pour la maturation intérieure.
Claire Devaux : Et la durée totale d'un accompagnement ?
Père Jean-Baptiste Renard : Certaines personnes me voient pendant dix ou quinze ans, à travers différentes étapes de leur vie. D'autres viennent pour une période délimitée : un discernement vocationnel de six mois, une retraite prolongée, un moment de crise. Il m'arrive aussi d'accompagner quelqu'un le temps d'une retraite de huit jours seulement, selon les exercices spirituels de saint Ignace. La durée se décide au fil du chemin. Il n'y a pas de contrat à durée déterminée — juste une liberté réciproque de continuer ou d'arrêter.
Les 3 signes que vous êtes prêt pour un accompagnement spirituel
En fin d'entretien, le Père Renard a proposé trois signes concrets que l'on est prêt à commencer un accompagnement spirituel :
1. Vous avez une vie de prière, même imparfaite.
"Vous n'avez pas besoin d'être un contemplatif accompli. Mais si vous n'avez aucune pratique de prière — aucun moment de dialogue avec Dieu, même bref — il vaut mieux commencer par là. La direction spirituelle s'appuie sur du matériel intérieur : des expériences de prière, des consolations, des résistances. Sans cela, il n'y a pas grand-chose à discerner." explique-t-il.
2. Vous avez une question ou une aspiration précise.
"Pas forcément très claire, ni très grande. Cela peut être : 'Je voudrais approfondir ma prière' ou 'Je traverse une période difficile et je veux comprendre ce que Dieu me dit à travers elle.' Cette aspiration, même vague, est déjà une boussole."
3. Vous êtes prêt à parler librement de votre vie intérieure.
"La direction spirituelle demande une certaine capacité à s'observer, à nommer ce qu'on ressent intérieurement. Ce n'est pas naturel pour tout le monde — surtout dans une culture où l'on est peu habitué à l'introspection. Si vous êtes réticent à cette forme d'attention intérieure, le moment n'est peut-être pas encore venu."
Direction spirituelle et accompagnement dans notre paroisse Saint-Benoît du Guiers
La paroisse Saint-Benoît du Guiers propose des possibilités d'accompagnement spirituel pour les paroissiens qui souhaitent approfondir leur vie de foi. L'abbaye de la Rochette, rattachée au territoire paroissial, constitue un lieu privilégié de retraite et de silence pour ceux qui cherchent un espace propice au discernement. Des retraites avec accompagnement individuel y sont proposées régulièrement.
Pour ceux qui souhaitent approfondir leur chemin sacramentel — préparation aux sacrements, retour à la pratique, engagement dans la vie paroissiale —, un entretien avec un prêtre de la paroisse peut être un premier pas vers un accompagnement plus régulier. La dimension contemplative de la vie spirituelle peut aussi se nourrir du chant grégorien et des autres ressources de prière offertes dans nos communautés.
Pour une perspective plus large sur l'accompagnement spirituel et les ressources disponibles pour trouver un directeur spirituel, le site librairie-art-et-livre-religieux.fr propose un article complémentaire. Pour explorer la dimension numérique du discernement, l'article de paroisses-saintfons-feyzin.fr sur les outils numériques pour la prière et le discernement offre une perspective contemporaine utile.
La direction spirituelle n'est pas réservée à une élite mystique. Elle est un chemin ordinaire, accessible à toute personne baptisée qui désire marcher dans la foi avec un compagnon de route bienveillant. Comme dit le Père Renard en raccompagnant Claire jusqu'à la sortie du jardin : "Dieu n'attend pas que vous soyez parfait pour vous parler. Il attend juste que vous preniez le temps de l'écouter."
Pour approfondir votre vie de prière en lien avec l'accompagnement spirituel, consultez également notre guide sur la dimension spirituelle du dialogue œcuménique dans notre région.