Beaucoup de fidèles connaissent l'expression « année A, B ou C » sans savoir exactement ce qu'elle recouvre. Jusqu'au 28 novembre 2026, l'Église catholique achève l'année A ; à partir du 1er dimanche de l'Avent, le 29 novembre 2026, elle entre dans l'année B, pour un an, avant de basculer en année C à l'automne 2027. Ce système, mis en place après le Concile Vatican II, organise les lectures bibliques du dimanche sur un cycle de trois ans plutôt que de répéter les mêmes textes chaque année.

En 2026-2027, quelle année liturgique vivons-nous ?

La réponse dépend du moment où vous lisez cet article. Jusqu'au samedi 28 novembre 2026 inclus, l'Église catholique achève l'année liturgique A, commencée en décembre 2025. Le dimanche 29 novembre 2026, premier dimanche de l'Avent, ouvre l'année liturgique B, qui durera jusqu'à la fin novembre 2027 — l'automne 2027 amorçant alors l'année C. Ce basculement ne coïncide jamais avec le 1er janvier du calendrier civil : l'année liturgique a son propre point de départ, toujours un dimanche, toujours en fin d'automne.

Cette question revient chaque année dans les paroisses, en particulier chez les catéchistes et les personnes chargées de préparer les lectures. Pour la Savoie comme ailleurs en France, le repère à retenir est simple : l'Avent marque le changement de lettre, jamais une autre date de l'année.

Ce repère peut sembler technique au premier abord, mais il structure concrètement la vie de toute paroisse : le choix des chants, la préparation des homélies, les parcours de catéchèse et même certains supports imprimés distribués aux familles s'appuient sur la lettre de l'année en cours. Un simple carnet de messe édité en juin 2026 pour l'année A devient donc obsolète dès le 29 novembre 2026, ce qui explique pourquoi les paroisses renouvellent régulièrement leurs feuillets liturgiques à cette période charnière de fin d'automne.

D'où vient ce système à trois lettres : Vatican II et la réforme de 1969

Avant la réforme liturgique issue du Concile Vatican II, les dimanches suivaient un cycle unique, répété identiquement chaque année : les mêmes lectures revenaient inlassablement d'une année sur l'autre. Le Concile, dans sa constitution Sacrosanctum Concilium (n° 51), a demandé que « la table de la parole de Dieu soit dressée plus abondamment pour les fidèles », afin de leur donner accès à une part beaucoup plus large de l'Écriture au long d'un cycle. Cette orientation a débouché sur le nouveau lectionnaire romain, entré en vigueur autour de 1969-1970, qui a introduit le cycle triennal encore en usage aujourd'hui.

Avant cette réforme, un catholique fidèle à la messe dominicale entendait toujours les mêmes péricopes évangéliques année après année. Le nouveau système a multiplié par trois la variété du parcours biblique dominical, un changement souvent sous-estimé quand on ne connaît le cycle que par ses initiales A, B, C sans en connaître la genèse.

Année A, B, C : un évangéliste différent chaque année

Le principe organisateur du cycle dominical est simple une fois expliqué : chaque année met à l'honneur l'un des trois évangiles synoptiques.

AnnéeÉvangile principalProchaine occurrence
Année AMatthieuAvent 2028
Année BMarcAvent 2026 → nov. 2027 (en cours à partir du 29 nov. 2026)
Année CLucAvent 2027 → nov. 2028

L'évangile selon Jean échappe à cette rotation stricte : il est proclamé à des moments fixes du calendrier, en particulier pendant le Temps pascal et pour certaines grandes fêtes, quelle que soit la lettre de l'année en cours. C'est ce qui explique qu'on l'entend chaque année, contrairement aux trois synoptiques qui alternent. Pour les paroissiens de Saint-Benoît du Guiers qui suivent aussi le calendrier détaillé des fêtes liturgiques 2026-2027, ce repère aide à comprendre pourquoi certains passages reviennent d'une année sur l'autre alors que d'autres changent.

Lectionnaire ouvert sur l'ambon en pierre d'une église romane savoyarde, page marquée d'un ruban liturgique
Le lectionnaire permet de suivre la rotation des évangiles synoptiques, tout en intégrant des lectures fixes comme celles de Jean.

Le lectionnaire dominical suit trois séries de lectures réparties sur les années A, B et C.

Le cycle férial : une autre logique pour les messes de semaine

Un point échappe souvent aux fidèles qui découvrent le sujet : le cycle A-B-C ne concerne que les dimanches et les grandes fêtes. Les messes de semaine suivent un système distinct, appelé lectionnaire férial, organisé non pas sur trois ans mais sur deux ans, désignés année I (impaire) et année II (paire). Une personne qui assiste à la messe tous les jours entendra donc un parcours de lectures différent de celui du dimanche, avec sa propre logique de répartition.

Cette distinction explique pourquoi deux paroissiens, l'un fidèle du dimanche, l'autre présent aussi en semaine, peuvent avoir l'impression d'entendre des textes qui ne se recoupent pas toujours : ils suivent en réalité deux cycles de lecture parallèles, l'un sur trois ans, l'autre sur deux ans, sans lien direct entre eux.

Comment savoir dans quelle année on se trouve, sans se tromper

Le repère le plus fiable reste de identifier la date du premier dimanche de l'Avent le plus récent, puisque c'est lui qui fixe la lettre de l'année en cours jusqu'au dimanche de l'Avent suivant.

  • Le 1er dimanche de l'Avent 2025 (30 novembre 2025) a ouvert l'année A, en vigueur jusqu'au 28 novembre 2026 ;
  • Le 1er dimanche de l'Avent 2026 (29 novembre 2026) ouvre l'année B, en vigueur jusqu'à fin novembre 2027 ;
  • Le 1er dimanche de l'Avent 2027 ouvrira l'année C, et ainsi de suite selon la rotation A → B → C → A.

Une astuce mnémotechnique circule parfois dans les paroisses : additionner 2000 à l'année civile de fin d'année liturgique et diviser par 3 renseigne sur le reste, mais cette méthode reste plus complexe à retenir que le simple repère de l'Avent. Le plus sûr, pour un paroissien de Savoie, reste de consulter le guide des fêtes liturgiques catholiques publié par la paroisse ou l'ordo diocésain remis chaque automne.

Le temps ordinaire : deux tronçons, pas un seul

Le temps ordinaire, souvent perçu comme une simple période neutre entre les grands temps forts, se déroule en réalité en deux tronçons distincts au sein de chaque année liturgique. Le premier va de la fin du Temps de Noël jusqu'au mercredi des Cendres qui ouvre le Carême ; le second reprend après la Pentecôte et se poursuit jusqu'à la veille de l'Avent suivant, en s'achevant sur la fête du Christ-Roi. Selon les années, le total peut atteindre 33 ou 34 semaines, la variation provenant de la date mobile de Pâques qui allonge ou raccourcit le premier tronçon.

Pour l'année liturgique 2026-2027, la première portion du temps ordinaire s'étend de début janvier jusqu'au mercredi des Cendres de février 2027, puis reprend après la Pentecôte de mai 2027 jusqu'à fin novembre. Cette double coupure explique pourquoi le numéro des « dimanches du temps ordinaire » ne se suit pas de façon continue d'un bout à l'autre de l'année : il redémarre après Pâques là où il s'était arrêté avant le Carême.

Vitraux colorés d'une église savoyarde projetant une lumière chatoyante sur les bancs vides pendant le temps ordinaire
La lumière des vitraux symbolise la continuité du temps ordinaire, malgré ses deux sections séparées par des temps liturgiques forts.

Le temps ordinaire se déroule en deux périodes distinctes, séparées par le Carême et le Temps pascal.

Pourquoi ce cycle a été voulu par le Concile

La logique derrière la réforme n'était pas seulement pratique. Les pères conciliaires estimaient que l'ancien cycle unique, en ressassant chaque année les mêmes extraits, privait les fidèles d'une connaissance plus large de l'Écriture. En répartissant la proclamation sur trois ans, la réforme visait à faire entendre, au fil du temps, une portion beaucoup plus étendue du Nouveau Testament — et, dans une moindre mesure, de l'Ancien Testament, dont les lectures du dimanche sont choisies en écho à l'évangile du jour.

Ce choix a aussi une conséquence pastorale concrète : un catéchiste, un prêtre ou un simple paroissien attentif retrouve, sur trois années consécutives, une cohérence de parcours biblique plutôt qu'une répétition. Certains diocèses s'appuient d'ailleurs sur ce rythme pour organiser des cycles de formation biblique calqués sur l'année liturgique en cours, en particulier autour de l'évangéliste mis en avant cette année-là.

Il faut cependant nuancer l'idée d'une rupture totale avec la pratique antérieure. Le lectionnaire d'avant 1969 n'était pas dépourvu de cohérence : il suivait un ordre propre, hérité en grande partie du Moyen Âge, et certains extraits qu'il proposait chaque année restent d'ailleurs conservés dans le cycle actuel pour les temps forts comme le Carême ou l'Avent. La nouveauté principale tient moins à la disparition d'un système ancien qu'à l'élargissement délibéré du corpus biblique proclamé aux fidèles, avec une volonté explicite de sortir d'une lecture jugée trop répétitive.

Couleurs liturgiques et grands temps : ce qui change, ce qui reste

Le passage d'une lettre à l'autre ne modifie pas l'architecture générale de l'année liturgique : les grands temps — Avent, Noël, Carême, Temps pascal, temps ordinaire — restent les mêmes quelle que soit l'année A, B ou C, avec les mêmes couleurs liturgiques associées (violet pour l'Avent et le Carême, blanc pour Noël et Pâques, vert pour le temps ordinaire, rouge pour la Passion et la Pentecôte). Ce qui change d'une année à l'autre, ce sont uniquement les lectures bibliques proposées à l'intérieur de cette architecture stable.

Autrement dit, un paroissien qui suit la messe du dimanche des Rameaux retrouvera chaque année la même structure de célébration — procession, lecture de la Passion, couleur rouge — mais le récit de la Passion proclamé variera selon l'évangéliste de l'année : Matthieu en A, Marc en B, Luc en C. Ce principe explique pourquoi les grandes fêtes comme la Semaine Sainte gardent un déroulement familier d'une année sur l'autre, tout en offrant, dans le détail des textes, une variation réelle que seuls les lecteurs attentifs remarquent vraiment.

Les confusions les plus fréquentes autour du cycle A-B-C

Trois confusions reviennent régulièrement chez les fidèles qui découvrent ce système. La première consiste à croire que l'année liturgique suit le calendrier civil et changerait donc le 1er janvier : ce n'est jamais le cas, le basculement se fait toujours au premier dimanche de l'Avent, souvent fin novembre.

La deuxième confusion mélange le cycle dominical (trois ans, A-B-C) et le cycle férial des messes de semaine (deux ans, année I ou II) : ce sont deux systèmes distincts, qui ne progressent pas ensemble et qu'il ne faut pas chercher à faire correspondre terme à terme. La troisième erreur, plus subtile, consiste à croire que l'évangile de Jean n'est jamais lu en dehors de son « année » : en réalité, Jean est proclamé chaque année à des moments fixes du calendrier, en particulier durant le Temps pascal, indépendamment de la lettre A, B ou C en cours.

Vivre le cycle liturgique en paroisse Saint-Benoît du Guiers

Dans les treize clochers de la paroisse, le passage à l'année B se fera sentir dès le premier dimanche de l'Avent 2026, avec l'entrée en scène de l'évangile de Marc dans les lectures dominicales. Les groupes de préparation au baptême, à la première communion ou à la confirmation qui suivent un parcours calé sur l'année liturgique verront leurs textes de référence évoluer en conséquence — un point que les catéchistes signalent généralement lors de la rentrée pastorale de septembre.

Pour les familles qui préparent une première communion ou un sacrement de confirmation à cheval sur ce changement d'année, il peut être utile de vérifier auprès de l'équipe catéchétique si les lectures de préparation s'appuient sur le cycle B qui commence en decembre 2026. Pour toute question sur les dates précises propres à la paroisse, le plus simple reste de contacter directement la paroisse Saint-Benoît du Guiers.

Les lecteurs bénévoles qui proclament la Parole pendant la messe dominicale sont particulièrement concernés par ce changement d'année : le passage à l'année B implique de se familiariser avec un évangéliste différent de celui pratiqué l'année précédente, avec un style d'écriture propre — Marc étant réputé plus direct et plus concis que Matthieu, avec des phrases souvent plus courtes et un rythme narratif plus resserré. Certaines équipes liturgiques profitent de ce basculement pour organiser une brève session de relecture collective des grands passages à venir, notamment autour de l'Avent et du Carême, deux temps où la proclamation demande une préparation particulière.

Ce changement d'année concerne aussi, plus discrètement, les groupes de partage biblique qui existent dans plusieurs clochers de la paroisse. Beaucoup calquent leur programme annuel sur l'évangéliste mis à l'honneur : une année centrée sur Marc invite naturellement à explorer ses caractéristiques propres — un texte plus bref que les trois autres évangiles, une insistance sur l'action et le mouvement, une humanité de Jésus soulignée avec une sobriété particulière. Ce type de parcours, sans être une obligation liturgique, permet à des paroissiens de redécouvrir un évangile qu'ils croyaient connaître, simplement parce que le cycle de trois ans les y ramène régulièrement, avec assez d'écart entre deux passages du même évangile pour renouveler l'attention.

Comprendre ce mécanisme du cycle A-B-C n'est finalement pas un exercice savant réservé aux spécialistes de liturgie : c'est une clé simple pour mieux suivre, dimanche après dimanche, le fil biblique que l'Église propose à tous les fidèles, en Savoie comme ailleurs.