Le Dimanche de la Parole de Dieu 2027 tombe le 24 janvier, troisième dimanche du Temps ordinaire. Institué en 2019 par le pape François, ce rendez-vous liturgique reste largement méconnu des catholiques français, à la différence des grandes fêtes du calendrier. Il invite pourtant à un geste simple et exigeant : redonner à l'Écriture sainte la place centrale qu'elle occupe, en théorie, dans chaque messe dominicale.
Une date qui ne tombe jamais au même jour
Le calendrier liturgique obéit à une logique propre, étrangère au rythme des semaines civiles. Le Dimanche de la Parole de Dieu n'échappe pas à cette règle : il se fixe au 3e dimanche du Temps ordinaire, ce qui le rend mobile d'une année sur l'autre. En 2027, il tombera le dimanche 24 janvier. Cette instabilité contraste avec les fêtes fixes du calendrier — Noël le 25 décembre, la Toussaint le 1er novembre — qui ancrent dans les mémoires une date précise et familière.
Le calcul repose sur deux repères stables : l'Épiphanie, fixée en France au dimanche entre le 2 et le 8 janvier, et le Baptême du Seigneur qui clôt le temps de Noël le dimanche suivant. Dès lors, le premier dimanche du Temps ordinaire se déduit mécaniquement, puis le deuxième, puis le troisième — celui que le pape François a désigné. En 2027, ce troisième dimanche correspond au 24 janvier.
| Repère | Détail |
|---|---|
| Date en 2027 | Dimanche 24 janvier 2027 |
| Position liturgique | 3e dimanche du Temps ordinaire |
| Institution | Motu proprio Aperuit illis, 30 septembre 2019 |
| Auteur | Pape François |
| Référence biblique du titre | Luc 24, 45 (« Il leur ouvrit l'intelligence... ») |
| Origine de l'initiative | Jubilé extraordinaire de la Miséricorde (2015-2016) |
Pour resituer cette date dans l'ensemble de l'année liturgique, voir notre calendrier des fêtes liturgiques 2026-2027, section temps ordinaire de janvier-février.
Du Jubilé de la Miséricorde à Aperuit illis
Le 30 septembre 2019, le pape François publiait une lettre apostolique en forme de motu proprio qui passa presque inaperçue dans l'actualité médiatique de l'époque. Pourtant, Aperuit illis — ces mots tirés de Luc 24,45 où le Christ ressuscité « ouvre l'intelligence » des disciples aux Écritures — allait modifier durablement le calendrier liturgique de l'Église universelle, en y inscrivant un dimanche entièrement consacré à la Parole de Dieu.
La genèse de cette institution remonte au Jubilé extraordinaire de la Miséricorde, convoqué par François pour l'année 2015-2016. C'est alors qu'il avait formulé le souhait qu'un dimanche soit « entièrement consacré à la Parole de Dieu », dans l'intention de faire ressaisir aux fidèles la richesse du dialogue que Dieu entretient avec son peuple à travers les siècles. Cette demande répondait à des sollicitations venues du peuple de Dieu lui-même, qui réclamait une telle célébration dans toute l'Église.
Le motu proprio encourage concrètement quatre gestes : la lecture, la méditation, la célébration et la proclamation de l'Écriture. Cette progression dessine un mouvement, de l'écoute personnelle à la prédication publique, en passant par la liturgie et la catéchèse — la Parole de Dieu n'est pas faite pour rester enfermée dans le silence individuel, elle appelle à être proclamée et partagée dans la vie de la communauté.
Pourquoi le 30 septembre et la mémoire de saint Jérôme
Le choix du 30 septembre 2019 pour la publication d'Aperuit illis n'est pas anodin. Ce jour-là, l'Église célèbre la mémoire liturgique de saint Jérôme, mort en 420, traducteur par excellence de la Bible en latin. Sa Vulgate, fruit de trente années de travail à Bethléem, a structuré la lecture scripturaire de l'Occident pendant quinze siècles. 2019 marquait par ailleurs le 1600e anniversaire de sa mort, un cadre commémoratif qui donnait au geste pontifical une profondeur historique particulière.

En calquant la publication de son texte sur cette mémoire, François posait un jalon théologique clair : le retour aux sources scripturaires, dans leur langue d'origine comme dans leur langue liturgique, constitue l'horizon de cette célébration annuelle. Le titre même du motu proprio, tiré du récit des disciples d'Emmaüs, renvoie à un geste que le Christ ressuscité accomplit en personne : ouvrir l'intelligence à la compréhension des Écritures. Cette Parole n'est pas un document qu'on décode ; elle est, selon cette lecture, un vivant qui se donne.
La procession de l'Évangéliaire
Le geste le plus visible de cette célébration est la procession d'entrée avec l'Évangéliaire. Le diacre, ou à défaut le prêtre, porte le Livre des Évangiles dans une entrée solennelle qui rompt avec l'ordinaire des dimanches du temps courant. Ce livre n'est pas un objet liturgique parmi d'autres : il contient les paroles mêmes du Christ, et son cheminement vers l'autel ou vers un support préparé à l'avance marque l'attention particulière que l'assemblée porte à l'Écriture ce jour-là.
Plusieurs diocèses français, dont celui de Poitiers, ont expérimenté des dispositifs plus amples : les lecteurs et le psalmiste rejoignent l'ambon avant même la première lecture, créant un espace concentré autour de la proclamation. Cette disposition rompt la dispersion habituelle des ministères dans l'espace sacré — les lecteurs restent physiquement liés à la Parole qu'ils portent, plutôt que de disparaître dans les bancs entre deux interventions.
Cette mise en scène exige une préparation que beaucoup de paroisses sous-estiment encore. Les guides nationaux recommandent de former les lecteurs, de soigner les proclamations plutôt que de les confier au hasard des disponibilités hebdomadaires — au risque, sinon, que le geste devienne théâtral sans être véritablement liturgique.
L'ambon remis en lumière
L'ambon n'a jamais vraiment disparu de nos églises, pourtant il y a longtemps qu'il ne retient plus le regard comme au temps où les bâtisseurs romans le plaçaient en vis-à-vis du chœur, face au peuple rassemblé. Dans nombre de paroisses, il est devenu un meuble liturgique parmi d'autres. Le Dimanche de la Parole de Dieu redonne à cet élément d'architecture sacrée une fonction qu'on avait tendance à oublier : celle de lieu privilégié où la voix de l'Église fait entendre la voix de Dieu. Pour comprendre la fonction exacte de l'ambon et des autres espaces liturgiques, voir notre lexique des 40 termes de la messe et des sacrements.
Le Concile Vatican II, dans la Constitution sur la liturgie sacrée Sacrosanctum Concilium, avait déjà souligné la nécessité de donner à la Parole de Dieu « une place plus large et plus riche dans la liturgie ». L'ambon retrouvé n'est donc pas un retour en arrière, mais l'accomplissement d'une intention conciliaire jamais pleinement réalisée. Après la proclamation de l'Évangile, le livre ne retourne pas immédiatement hors de la vue : il reste déposé ouvert, sous les yeux de tous, pendant que le prêtre commence son homélie.

Le rite d'intronisation de la Bible
Le rite d'intronisation de la Bible demeure, en France, l'une des expressions les plus frappantes de ce dimanche particulier, bien qu'il soit encore loin d'être universellement pratiqué. Les documents liturgiques nationaux recommandent qu'un lieu surélevé et décoré soit préparé dans l'église pour accueillir le texte sacré, et que ce rite puisse avoir lieu au moins une fois au cours de la messe la plus solennelle de la journée.
La remise de la Bible à des catéchistes, accompagnateurs, enfants ou adultes en parcours de foi trouve également sa place dans cette célébration, souvent intégrée à la messe dominicale elle-même. Le service de la catéchèse de l'Église de France a validé cette pratique, qui donne au dimanche une portée initiatique concrète : le même livre, porté en procession, déposé avec solennité, puis remis à ceux qui en feront désormais l'usage régulier, tisse une chaîne de transmission que le Temps ordinaire n'habitue pas à déployer avec autant d'évidence.
- procession d'entrée avec l'Évangéliaire, déposé ouvert sur un support visible ;
- lecteurs et psalmiste rassemblés près de l'ambon pendant la liturgie de la Parole ;
- rite d'intronisation de la Bible sur un lieu surélevé, lors de la messe la plus solennelle ;
- remise de Bibles aux catéchistes, accompagnateurs ou personnes en chemin de foi.
La question de la formation des lecteurs, souvent négligée au profit de l'ordonnancement des rites, mérite qu'on s'y arrête. La parole liturgique n'est pas une lecture privée faite en public, mais suppose un travail sur la voix, le souffle et le silence. Ce même souci de la voix juste et préparée traverse d'ailleurs notre entretien sur la musique sacrée et le chant liturgique en Savoie, où l'organiste interrogé insiste sur l'exigence de préparation que demande tout service liturgique, qu'il concerne le chant ou la proclamation.
Une fête jeune, encore en construction
Contrairement aux grandes fêtes du calendrier liturgique, le Dimanche de la Parole de Dieu souffre de son récent ancrage dans la tradition. Institué en 2019, il n'a pas traversé les siècles, n'a pas engendré de pratiques populaires comparables à la crèche de Noël ou à la galette des Rois de l'Épiphanie. Il n'existe pas encore de « tradition de la Parole » comparable, et cette absence de patrimoine rend sa célébration moins instinctive, moins portée par l'enthousiasme spontané des communautés.
Pourtant, cette jeunesse peut devenir une force. Le Dimanche de la Parole de Dieu n'est pas encombré d'usages figés : chaque paroisse peut l'adapter à sa réalité propre, inventer ses gestes, trouver son rythme. Un autre obstacle tient à la relation même que beaucoup de catholiques entretiennent avec la Bible : lue par le prêtre, commentée par le catéchiste, présente dans la liturgie mais moins souvent dans la maison. Ce dimanche interroge cette configuration et invite à faire de la Bible un compagnon de vie, pas seulement un livre de référence.
Pour la paroisse Saint-Benoît du Guiers, comme pour l'ensemble des paroisses de Savoie, le dimanche 24 janvier 2027 offrira l'occasion de redécouvrir ce que signifie véritablement écouter la Parole de Dieu — non comme un préambule avant l'essentiel, mais comme un moment central et irremplaçable de l'assemblée dominicale.
